Patronage d’une robe de cour Napoléonienne

Article : Fanny Wilk, traduction : Emily Meynard.

Aujourd’hui je vais vous présenter une robe que j’ai pu étudier à lhôtel des ventes Osenat dernièrement et qui va être vendue le 20 novembre à Fontainebleau (le catalogue est en ligne ICI-même). En réalité elle fait partie du lot 342, composée de vêtements ayant appartenu à la comtesse de Boigne (1781-1866) :

  • D’une robe de cérémonie,
  • De la traîne de robe assortie,
  • D’une traîne de robe en velours ponceau.

Les éléments de ce lot sont datés de 1804 car ils sont très proches des vêtements destinés au Sacre de Napoléon : Caroline Bonaparte porte une tenue très semblable sur le tableau du Sacre (par David) et une tenue similaire provenant de la Comtesse Berenger était portée ce fameux 2 décembre 1804. L’expert estime donc que la robe et la traîne de velours ont été faites pour la comtesse de Boigne en vue du Sacre mais qu’elles n’aient été portées que pour des réceptions impériales, ce type de robe de cour étant resté en usage tout le Premier Empire.

Aujourd’hui je vais vous présenter la robe, et une prochaine fois il sera question des traînes ! Mais avant tout : un grand merci à Julie D pour m’avoir proposé de l’accompagner, à l’hôtel des ventes Osenat pour nous avoir accueillies, ainsi que mes Tipeurs grâce à qui j’ai pu prendre une journée de congé pour aller voir cette tenue !

 
Article : Fanny Wilk, translation : Emily Meynard.

Today I’d like to show you a dress that I was able to study recently at the Osenat Auction House, and which is going to be sold at Fountainebleau on November 20 th (the online catalogue can be found here). This dress makes up part of lot 342, which contains clothing that belonged to the Countess of Boigne (1781-1866) :

  • One court gown,
  • A matching train,
  • Another train made of dark red velvet.

This lot contains clothing that’s dated 1804 because it’s almost identical to the clothing seen in the The Coronation of Napoléon: Caroline Bonaparte wears a very similar dress in Jacques-Louis David’s famous painting, and a similar dress can be seen worn by the Countess Berenger during the famous day that was December 2nd , 1804. Experts guess that this dress and the velvet train had been made for the Countess of Boigne for the Coronation, but she only wore it for royal receptions. This court dress was worn throughout the First Empire!

Today I get to show off the dress, and next time I’ll get to talk about the trains! Above all: a huge thank you to Julie D. for asking me to accompany her, the Osenat auction house for having us as their guests, as well as my Tipeurs, who made it possible for me to take the day off to go see this dress!

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Observations générales

« Robe […] en satin ivoire à huit panneaux, lacée dans le dos, à manches courtes bouffantes et volant bouillonné au bas de la robe. Décolleté garni de tulle brodé de paillettes d’argent poli » indique l’expert de la vente.

D’un point de vue personnel, j’estime que c’est un élément exceptionnel à manipuler tant cette robe tord le cou à beaucoup de légendes urbaines du costume, que ce soit au niveau des matières, des techniques de coupe et de l’assemblage.

Parmi les points qui m’ont étonné :

  • La robe est en satin de soie d’un grammage très faible : elle volette au moindre mouvement dès que la robe est portée (mes compliment à son créateur ! c’est tellement compliqué à coudre… j’en cauchemarde rien que d’y songer). NB à ceux qui voudraient en refaire une du genre : ne faites pas l’impasse sur la soie, le satin chimique n’arrive absolument pas à imiter la soie.
  • Le bouillonné en bas de robe permet d’alourdir cette partie et d’obtenir un tombé parfait. C’est quelque chose que j’aurais évité de faire pourtant, car ce type de décoration semble très avant-gardiste (je l’aurais plutôt vue sur du costume de la fin du 19e siècle),
  • La coupe de la jupe est très conique (bien plus que ce que j’aurais imaginé).
  • Le tulle qui la recouvrait (et dont la majeure partie manque aujourd’hui) a été assemblé sur les pièces de satin correspondant avant le montage de la robe.
  • Le bas de la robe n’est pas droit, mais arrondi.
  • Le dessin à l’encre des motifs brodés sur le tulle est encore très visible à l’oeil nu.
 

 General Observations

The sales expert shared that this is “a dress […] made of eight panels of ivory satin, which laces in the back. It has short bouffant sleeves and a flounce at the hem of the skirt. The décolletage is trimmed with tulle that’s embroidered with polished silver sequins.”

From a personal point of view, I reckon that this is an exceptional piece to handle since this dress has put to rest so many costuming urban legends, whether it’s due to the quality of fabrics used, the cutting techniques, or the assembly (of the dress).

Among the things that surprised me were:

  • The dress is made of a very lightweight silk satin: it flows with the slightest movement as soon as it’s donned (my compliments to the creator! It must’ve been truly complicated to sew… I get nightmares just thinking about it). Note to anyone who would like to recreate a dress of this era: don’t skimp out on the silk. Synthetic satins don’t hold a candle to imitating real silk.
  • The flounce at the bottom of the skirt adds weight to the hem, allowing for a perfect drape. This is something I would have avoided doing, however, since this type of decoration comes off as very avant-gardist (and I would have rather seen it on a dress from the late 19 th century),
  • The cut of the dress is very conical (a lot more than I would have imagined),
  • The tulle overlay (most of which is missing now) was assembled on pieces of corresponding satin before putting the whole dress together,
  • The hem of the skirt isn’t straight, but curved,
  • The outlines (drawn in ink) for the embroidered appliques are still visible to the naked eye.

 

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Le fameux décolleté « Empire » ! (NB : même si la robe a beaucoup souffert dans les zones où la transpiration a attaqué le tissu, elle reste solide et manipulable sans précautions particulières. Si elle est visuellement en si mauvais état c’est parce qu’elle a été portée pendant la 2e moitié du 19e siècle pour des bals costumés -cela peut se voir à la doublure de la traîne, qui a été traitée avec des substances chimiques utilisées entre 1850 et 1950-). || The famous “Empire” waistline! (Please note: even if the dress has suffered a lot in areas where sweat came in contact with the fabric, it is still solid and anipulable without any particular precautions taken. If the dress is in such poor condition, it’s because it’s been worn up until the end of the 19 th century for costume balls- which is obvious it has been because the lining of the train has been treated with chemical substances used between 1850 and 1950).
Bas de robe Empire
Les fragments de tulle brodé de paillettes, et le bas de robe orné du bouillonné.     ||      Fragments of tulle embroidered with sequins, and the flounced hem.
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Détail du bouillonné du bas de robe.      ||    Detail of the flounce at the hem.
Intérieur d'une robe Empire
Le tulle cousu aux pièces avant l’assemblage de la robe.      ||       Tulle sewn to the pieces before the whole dress was assembled.
Broderies vers 1804
Motifs dessinés à l’encre avant broderie des paillettes.      ||     Motifs outlined in ink before adding the sequined embroidery.
Broderie Empire
Motifs dessinés à l’encre avant broderie des paillettes.   ||    Motifs outlined in ink before adding the sequined embroidery.

Le bas de robe

Voici les dimensions des pièces au cas où vous vouliez refaire une robe avec une coupe identique (il faudra donc la remettre à votre taille, la comtesse faisait un 36 en taille « moderne » pour 1m65 environ bien que la robe semble minuscule à plat !). N’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les agrandir :

Devant :

 

The Skirt

Here are the measurements for the skirt in case you want to recreate a dress with an identical cut (just make sure to adjust it to your size. The countess was a “modern” size 36, even though the dress looks tiny when laid flat!). Feel free to click on the images to get a better look:

Front :

 

09_devant

La robe est totalement asymétrique (*) : bienvenue dans le merveilleux univers de l’étude des costumes historiques ! Comme vous aurez le réflexe moderne de « faire les choses bien » si vous vous faites la même robe alors j’ai préféré ne mesurer que la partie gauche et vous donner un demi-patron (partie droite de l’image ci-dessus, le trait vert pointillé correspond à l’endroit où la pièce centrale est pliée en deux). Le bas de la robe est légèrement arrondi.

(*) EDIT suite au commentaire de Manuphee : partie sur l’asymétrie en cours de ré-écriture. Correction à venir sous peu.

Dos :

  The dress is totally asymmetrical (*): welcome to the wonderful world of studying historic costume! Since you’ll have the modern reflex to make things match if you recreate this dress, I only measured the left part of the dress to give you a half-pattern (in the photo on the right above, the dotted green line corresponds to the fabric fold). The hem of the skirt is slightly curved.

(*) EDIT after Manuphee’s comment : this part of the text will be re-written soon because it seems logical in fact. Rectification coming soon.

Back :

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Le dos est plus simple : un grand rectangle flanqué de deux trapèzes identiques. Le haut de ce dos fait au final 68cm de long (52cm + 2 x 8cm) divisé en 2 par une fente. La partie centrale sera plissée sur les pièces dorsales du corsage (voir plus bas). Le bas de la jupe est encore arrondi.

Le corsage

Bon, il faut que je l’avoue : difficile de patronner le corsage car il manquait des parties et toutes les pièces sont en volume donc il m’aurait fallu y passer des heures pour avoir un relevé plus précis.

Devant :

La pièce de devant utilise le biais du tissu pour mouler parfaitement la poitrine. Le tour du décolleté est cintré par un petit lacet qui court tout le long.

   The back is much easier: a large rectangle adjoined to two identical trapezoids. The top of the skirt is 68cm long (52 cm + 2 x 8cm) and cut in half by a slit. The middle rectangle is pleated onto the back of the bodice (see below). The hem of the skirt is still round.

The Bodice

Okay, I must admit: it’s difficult to make a pattern from this bodice since it’s missing some parts and the bodice is not flat, so it would have taken me hours to get precise measurements.

Front:

The front piece is cut on the bias to perfectly hug the chest. The neckline is trimmed with a thin lace to close the dress to the bust.

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La pièce de devant est coupée symétriquement (le pli est représenté par le trait pointillé à gauche du dessin ci-dessus). La pièce de côté (en rouge) a une bretelle qui se poursuit sur l’arrière du corsage.

Dos :

  The front piece is cut symmetrically (the dotted line still represents the fabric’s fold). The side front piece (in red) has a strap that continues on to the bodice back.

Back:

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Le dos est composé de trois pièces de petites tailles : les bretelles (qui sont le prolongement des bretelles de devant), le côté et la partie dorsale comportant les oeillets (et sur laquelle va être froncé le rectangle central de la jupe).

NB : les mesures sont prises à la règle, suivant les flèches en pointillé et non les parties arrondies des pièces.

Les manches

  The back consists of three small pieces: the shoulder strap (which is the continuation from the front), the side back piece, and the center back piece with eyelets (this is the piece that the skirt’s rectangle is gathered onto).

Please note: These measurements were taken along the arrows, not on the rounded seams.

The Sleeves

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La partie de dessus des manches est froncée (côté bras et côté emmanchure), tandis que la partie bombée de la manche s’emboîte dans l’emmanchure dorsale. The arm head is gathered, with most of the fullness being in the back around the shoulder.

***

Voilà, vous savez à peu près tout de la robe ! L’étude des traînes arrivera dans quelques semaines : le lot aura déjà intégré la collection de son nouvel acheteur puisque la vente est ce week-end à Fontainebleau.

Prochain article : photo-reportage sur les fêtes galantes 2016 ou sur la « Costume Conv« .

There you have it, you almost know everything about this dress! A study of the trains will be published in a few weeks: the lot will have already made its way to its new home since the auction is this weekend at Fontainebleau.Next article : photo-reportage about the Fêtes Galandes 2016 in Versailles, or about the « Costume Conv« .

5 thoughts on “Patronage d’une robe de cour Napoléonienne

  1. Très intéressant !Merci à Fanny pour son travail ; cette robe tord le cou à beaucoup d’idées reçues . Madame de Boigne : une forte personnalité , attachante .

  2. Merci pour ce décryptage très intéressant qui, effectivement, rompt avec les visions plus  » classiques « . Cela donne envie de reproduire un si joli modèle même si le 36 est très éloigné de ma taille réelle !

  3. Bonjour, j’arrive « par hasard » sur votre blog et je suis fascinée! Juste un petit commentaire sur l’asymétrie de la robe: c’est normal et parfaitement voulu car elle se portait relevée du côté long grâce à un lien fixé au poignet ou au doigt ou à la ceinture de l’intéressée. Sur le tableau du sacre, la 4e femme à partir de la gauche porte ce type de robe, la refaire symétrique est donc possible mais ce n’est ce n’est plus le même modèle. Bravo pour ce magnifique blog , bien amicalement.

    1. Bonjour Manuphee,
      Ohhhhhh, mais c’est très intéressant ça ! Je pensais initialement que c’était pour faire de l’économie de tissu, mais quelque chose cochait dans mon résonnement car je ne voyais pas pourquoi ne pas faire ça vers l’arrière que sur l’avant…
      Je vous envoie un email de suite pour savoir si vous auriez d’autres sources à me conseiller sur ce sujet (on voit tellement mal sur le tableau comme la dame n’est pas tournée du bon côté…). Et pour vous poser une autre question d’une chose constatée et dont je n’ai pas parlé sur l’article (car c’est sur le tulle et il y a trop de lacunes pour que j’ai autre chose qu’une théorie).
      Merci pour l’information !
      Fanny

  4. Oui, ce tulle est « interpelant » : création en 1815 à Nottingham….En .1816 , à St Pierre -lès-Calais , des ouvriers anglais en tissent sur des métiers remontés en fraude , Napoléon en ayant interdit l’entrée en France.Mais en 1788n un nîmois avait inventé  » un métier à mailles fixes sur lequel il fabrique des étoffes à jour et chinées imitant la dentelle ».

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