Voici un article que je voulais écrire depuis bien longtemps. C’est une réflexion à propos de l’histoire de la mode. J’éprouve le besoin de vous expliquer pourquoi j’ai un sourire un peu pincé quand les gens me parlent ou me montrent des timelines…
NB : Merci de lire tout l’article -et de le comprendre- avant de commencer à me lancer des cailloux !

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Qu’est-ce qu’une timeline ?

Il s’agit d’un résumé visuel des modes sur une ligne correspondant au temps qui passe, comme ceci :

  Here is a post I wanted to write since soooo long. It’s a thinking about historical fashion. I had to explain why I have a bitter sweet smile when people talk or show me fashion timelines…

Note : Please read the whole article -and understand it- before taking a shot at me !

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What is a timeline ? 

It’s a summary of fashion artworks on a line representing the time passing of time, like this :

Quel est le problème ?

Déjà c’est une représentation en 2 dimensions, donc ça peut être trompeur concernant les volumes pour toutes les périodes. Et les volumes en histoire de la mode c’est la BASE.

Ensuite, il faut vraiment éviter tous les dessins modernes si vous voulez être sérieux dans votre étude de la mode. C’est souvent très joli (par exemple ceux de Terrizae >>ICI<< qui sont très très jolis) mais sont rarement 100% historiques car peu de dessinateurs connaissent réellement les volumes. A éviter absolument : les livres de dessins de John Peacock qui en plus de ne pas maîtriser les volumes a un style très géométrique qui peut vous induire en erreur.

Quant aux timelines de tableaux ou de gravures d’époque ils ont le malheur de souvent mélanger les types de costumes. Par exemple :

 

What’s the problem ?

It’s a graphical representation in 2 dimensions, so it’s quite misleading about the costumes volumes on all this periods. And costumes volumes is the BASE of historical fashion.

Besides that, avoid contemporary drawings if you want to be serious in your study of historical fashion. It’s often very nice (like Terrizae’s artworks >>HERE<< which are very very nice) but are not 100% accurate because few drawers really know volumes. Beware of John Peacock’s drawings : they are very famous (as he made a lot of books) but very few accurate, no volumes are good and he had his own artistic style, very geometric.

Most of the timelines use paintings or fashion prints but they often mix different kind of costumes. For exemple :

Source : https://vk.com/blosh
L’image précédente mélange allègrement les tenues d’équitation (1704), les tenues de cour (1728, 1730 de droite), les tenues d’intérieur (1721). C’est un peu comme si sur la timeline des modes du 21e siècle vous aviez une tenue de sport pour une année, une robe de cocktail pour une autre année, un tailleur de bureau pour une autre année, etc. 

Sans oublier que les tableaux sont souvent une source à éviter sur certaines périodes parce que le peintre peut avoir l’ordre de changer le costume par celui qui commande le portrait. Et certains vêtements sont des costumes allégoriques sur beaucoup de tableaux.

Alors il reste les gravures de mode, comme sur cette image :

  The previous image mix riding costumes (1704), court dresses (1728, 1730 right), casual clothes (1721). It’s like if you worked on a 21th century fashion timeline and showed a sport outfit for one year, a cocktail dress for an other year, a, office suit for an other year, …

And paintings are a source to avoid for some periods because the painter can be asked to modify the costume by the one who ordered the portrait. And some clothes are allegoricals on many paintings.

So you have fashion prints left, as on this image :

source : http://glamourdaze.com/
Le problème c’est que la presse de mode n’existe pas réellement avant la fin du 18e siècle. Et que les gravures ont un style artistique dépendant des périodes. Et ça n’empêche pas le mélange des types de costumes, sur l’image ci-dessus : 1916 est une tenue de sport, c’est sans doute pourquoi la jupe est plus courte que les autres… Le site « glamourdaze » a cependant quelques meilleures timelines où il y a moins de mélanges de costumes :   The issue is that there is no fashion magazines before the end of the 18th century. And prints have their very own artistic style. And it doesn’t prevent from mixing the kind of costumes, like on the image above : 1916 is a sport dress, it can be the reason why the skirt is shorten than the others… But this « glamoudaze » site have other better timelines with less types of costumes mixes :

La meilleure représentation que j’ai trouvé est sur le site « bloshka » (ICI) : par exemple sur l’image suivante il n’y a que les coiffures/pilosité faciales, et pour chaque période plusieurs exemples pour montrer la diversité qui existait (mais j’avoue ne pas comprendre pourquoi des chapeaux ont été gardés !).   The best graphical representation is on the site « Bloshka » (HERE) : for exemple, on the following image you only have hairstyles / facial hairs, and for each period you have several exemples to show the variety that was existing (but I must admit I don’t understand why some hats have been kept !).

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Mais que faudrait-il faire pour mieux comprendre l’évolution de la mode ?

Le problème c’est que la mode ancienne n’est pas une ligne, c’est une mare.

Imaginez que le monde est une mare. Et que les tendances apparaissent soudain dans le monde (*), un peu comme des gouttes de pluie qui troublent soudain la surface d’une mare. Le choc crée une onde qui se propage en cercle sur l’eau, comme les modes qui se propagent alentour. Que font ces modes / gouttes ?

  • Elles se propagent jusqu’à être imperceptibles et disparaître d’elles-mêmes,
  • Elles se rencontrent et fusionnent, créant de nouvelles tendances/ondes qui se propagent plus loin,
  • Elles se rencontrent et s’arrêtent l’une l’autre,
  • Etc.

(*) jamais à cause du hasard, mais ceci est une autre histoire que je raconterai plus tard.

 

What should be done to uderstand better the evolution of fashion ?

The problem is that historical fashion is not a line, it’s a pool.

Imagine that the world is a pool. And that trends appear suddenly in the world (*) just as if they were rain drops disturbing surface water. It creates a wave that propagates in circle all around, just like fashions propagate in the world. What do these fashions / drops ?

  • They propagate and finally fade away,
  • They meet and merge, creating new trends/waves that propagate farther,
  • They meet and stop each other,

(*) it’s never a coincidence, but it’s an other story to tell later.

L’histoire de la mode est donc comme une grande mare sous une averse ! Vous voyez le problème de représenter les modes en lignes droites pour moi ?

Donc j’ai tendance à prendre les timelines pour ce qu’elles sont : un outil pratique pour comprendre les caractéristiques principales des modes, et rien de plus.

Donc si vous n’êtes plus un débutant dans le costume historique il vaut mieux les oublier rapidement… Au cas où, voici une timeline qui circule en ce moment sur internet et qui est plutôt logique -pour les débutants- (mais je n’ai pas pu trouver son origine), cliquez pour agrandir (attention, il y a deux images) :

  The historical fashion is like a big pond under a rain shower ! I think you see what is my problem with timelines ?

So I see timelines for what they are : a useful tool to understand the main characteristics and nothing more.

If you are not a beginner in historical costumes you’d better forget them… Just in case, here is a timeline shared on the internet and which is quite logical -for beginners- (but I didn’t found its source), click to enlarge (there are two images) :

8 comments

  1. Bonjour,
    Super article, merci beaucoup, je me suis souvent posée la question justement sur la justesse de ces timelines.
    Amicalement
    Tizana

    1. Merci Tiziana !
      Bon, après, ça a le mérite d’exister ! Et ça permet d’avoir une vue d’ensemble mais c’est vrai qu’il faut vraiment faire attention à rester critique si on admet que l’histoire du costume peut être représenté de manière linéaire… :-p

  2. Idem que Tiziana!

    Fanny, une question que je voudrais poser depuis longtemps:
    Depuis que le monde est monde Par quells moyens les femmes ont-elles géré leurs menstruations?
    Qu’en reste-t-il ?

    1. Ah ah, ça c’est une question hors sujet mais qui revient pas mal :-p
      Bon, ce n’est pas trop glamour mais globalement les tampons et l’équivalent des protections de type serviettes existent de longue date. Et il y a des dames qui ne mettaient rien et que l’on pouvait suivre à la trace :/ (et je reste persuadée que le flux instinctif existe depuis que le monde est monde aussi 🙂 )

  3. Article brillant! L’image de la mare est d’une grande justesse! Le problème des frises, c’est qu’elles donnent à penser que le vêtement ne dépend que du sexe et de l’époque, alors qu’il dépend de beaucoup d’autres facteurs: l’âge, la classe sociale, la religion, la géographie (au sens le plus large: on ne s’habille pas en Italie comme en France ou en Angleterre ni en Europe comme en Asie ou en Provence comme en Bretagne), l’occasion pour laquelle est portée le vêtement et tout simplement la personnalité (certains s’en fichent pas mal d’être « à la mode »).
    Pour ma part les sources iconographiques que je préfère sont d’une part les gravures de mode et caricatures, car elles représentent parfaitement l’idée du vêtement à travers ses exagérations (l’une par idéal, l’autre par dérision) et d’autre part les photographies qui montrent la réalité de la façon de s’habiller des gens. Bien sûr, ce ne sont des sources qui ne sont trouvables que pour les périodes plus tardives.
    Concernant John Peacock, je lui conserve une petite tendresse car je me souviens de la joie que j’ai eu de découvrir de tels ouvrages, même s’ils sont très maladroits et finalement assez mauvais. Tout d’abord c’est un piètre dessinateur, d’où le problème des volumes: il ne fait que recopier des images d’époques mais est incapable de conceptualiser l’image en trois dimensions dans sa tête, les perspectives et les proportions des personnages et habits sont donc faussées. Ensuite le choix des tenues est quelquefois hautement fantaisiste et relève plus de l’exception que de la norme de ce qui était porté. D’où l’importance de cibler lorsqu’on se prête à ce genre d’exercice: évolution du costume populaire, évolution du costume militaire, sportif, des habits de cérémonie, de la bourgeoisie… il faut garder une cohérence!
    Il y a quelques principes à garder en tête quand on cherche une iconographie pour une époque : que l’image soit de l’époque (pas 5 ans, pas 10 ans pas 2 siècles plus tard), diversifier ses sources au maximum (ne pas voir qu’un type de costume, et pour chaque type en voir des dizaines de représentations), et enfin je dirais qu’il faut croiser l’iconographie avec d’autres sources (manuel de savoir-vivre, littérature de l’époque, art du tailleur…) pour ne pas s’arrêter à la dimension « picturale » du vêtement mais comprendre comment et pourquoi il était porté.

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