Second article de ma série présentant des grandes figures du féminisme à la Belle Epoque à l’occasion du “8 mars” : hier Marguerite Pelletier, aujourd’hui Marguerite Durand et bientôt nous quitterons la France pour traverser la manche et (re)découvrir Emmeline Pankhurst.

Second portrait of edwardian feminists on the occasion of “March 8” : yesterday it was Marguerite Pelletier, today it’s Marguerite Durand and soon we’ll leave France to cross the Channel to (re)discover Emmeline Pankhurst.

Jules Cayron (1868-1940). “Portrait de Marguerite Durand (1864-1936), journaliste féministe”. Huile sur toile. 1897. Paris, Bibliothèque Marguerite Durand. Dimensions: 171 x 140 cm

Comme vous pouvez le remarquer, nous sommes ici face à ce que Madeleine Pelletier appelait dédaigneusement une “féministe en dentelle”, et pourtant, Marguerite a beaucoup apporté à la cause féministe. Par des moyens différents de ceux que l’on a vus dans l’article précédent.

As you can see it, we are facing what Madeleine Pelletier used to call disdainfully a “feminist in lace”, but she was a real activist that brought a lot to the women rights in France. Her methods were simply different compared to the ones we saw in the previous article.

Marguerite est la fille d’un amour illégitime entre personnes fortunées et est élevée au couvent, puis elle embrasse la carrière d’actrice de théâtre : elle gagne le premier prix de comédie au conservatoire en 1880, et intègre la comédie française où sa beauté la cantonne aux rôles d’ingénues. Elle épouse un avocat en 1888, qui est aussi député, et devient une honnête épouse. Elle adopte alors ses idées nationalistes, antisémites et patriarcales. Pour le moment, elle est à mille lieues du féminisme. Elle se pique de journalisme et commence à écrire dans le journal de propagande de son époux. Elle finit cependant par se détacher de l’idéologie de son époux et s’en sépare. Bientôt divorcée, elle entre au Figaro, où elle créé le “courrier des lecteurs”.

Marguerite is an illegitimate daughter between quite rich people, and is raised in a convent. Then she starts a career as a theatre actress : she wons the first price of acting at the Conservatory of Dramatic Art in 1880 and starts working at the “Comédie-Française” (a famous theatre in Paris) where her beauty limits her to ingenuous roles. She marries a lawyer, who is a Deputy, and becomes an “honest spouse”. She adopts his nationalistic, anti-Semitic and paternalistic ideas. She is miles away from feminism, and starts to write in her husband’s propaganda newspaper. But she turns her back to her husband’s opinions and leaves her husband. Soon divorced, she gets a job in the Figaro (a famous french newspaper), where she creates the letters page.

1896 est l’année charnière. Elle est enceinte de 5 mois de son amant, l’un des directeurs du Figaro, quand elle est envoyée par le journal pour couvrir une rencontre féministe, le Congrès Féministe International. Il lui est demandé de dénigrer l’événement et ses participantes : puisqu’elle est une femme, personne n’osera lui reprocher d’avoir des propos durs. Mais ce qu’elle y entend trouve échos en elle, et elle en ressort féministe convaincue, principalement par Maria Pognon. Elle quitte le Figaro peu après, et le père de son bébé tente de lui enlever l’enfant peu après son accouchement, pour se venger, mais elle est assistée par Georges Clémenceau (une connaissance de son ancienne vie) et réussit à avoir la garde du bébé.

1896 is a key year. She is 5 month pregnant (her lover was one of the Figaro’s boss), when she is sent by the newspaper to cover a feminist meeting, the International Feminist Congress. She is asked to denigrate the event and its participants : as she is a woman, no one will criticize her harsh words. But what she hears convince her to become a convinced feminist, thanks to Maria Pognon most of all. She leaves the Figaro after that, and her newborn son’s father tries to take the child from her as a revenge, but she is helped by Georges Clémenceau (she knew from her former life) and succeeds to keep the custody.

L’année suivante, elle vend les 22 perles précieuses qu’elle avait amassées pendant sa carrière d’actrice et fonde avec cet argent le journal “La Fronde” qu’elle veut être un outil pour faire entendre la voix des femmes. Le journal est intégralement géré par les femmes (afin de leur permettre d’être de “véritables journalistes”) et contrairement au reste de la presse de l’époque, il ne parle pas frivolités ou de “comment être une bonne mère et épouse”, mais des mêmes sujets que les journaux masculins : politique, sport, sciences, société, économie… Et elle utilise ses connaissances de son ancienne vie d’actrice pour accéder aux lieux de pouvoir normalement interdits aux femmes. Malheureusement, le journal a du mal à s’autofinancer et sa publication s’étiolera au fil du temps. Elle co-fondera aussi “l’Action” en 1905 et fondera “Les Nouvelles” en 1909. Tous sont plutôt laïques, socialistes et pacifiques. Elle milite activement pendant toutes ces années contre le “code Napoléon” (soit le code civil français, qui considère que les femmes sont des êtres faibles comme le sont les enfants) et donc pour l’égalité hommes/femmes, s’implique dans la création de syndicats féminins et pour le droit de vote des femmes (elle sera elle-même plusieurs fois candidate “illégale” à divers élections).

The year after, she sells 22 precious pearls she had collected during her career as an actress, and creates the newspaper “La Fronde” (“the Frond”) that she wants to be a tool for women to be heard. It’s all managed by women (in order to allow them to be “real journalists”) and do not talk about frivolities or “how to be a good mother and wife”, but about the same topics than men newspapers : politics, sport, science, civil society, economics,… She uses influences from her former actress life to access to power places closed for women. Unfortunatly the newspaper cannot finance itself and reduces slowly with as years are passing by. She will too be the co-funder of “L’Action” (“The Action”) in 1905, and is the funder ot “Les Nouvelles” (“The News”) in 1909. All are quite secular, socialistic, and pacific. She strives against the “Code Napoléon” (the french civil code that considers that women are weak creatures, just like children are), and is for women/men equality , is involved in the creation of women unions and the vote rights for women (she will herself be an “illegal” candidate to several elections).

Marguerite soutien l’effort de guerre pendant la 1ere Guerre Mondiale et exhorte les femmes à prendre leur place dans le monde pendant l’absence des hommes partis au front, espérant que cela ouvre de nouveaux droits pour les femmes quand la guerre s’arrêtera. C’est sans compter sur la misogynie des gouvernants d’après-guerre, puisque les droits des femmes sont encore réduits après l’armistice (tenir tout propos sur le contrôle des naissances est désormais passible de prison à partir de 1920).

Marguerite supports the war effort during the WWI, and calls for women to take a bigger place in the society while men are at war, hoping that it will open new rights for them after the war. But the french rulers don’t stop being misogynist after the war, because women right are still reduced after the armistice (any mention to birth control can now lead you to prison in 1920).

Elle a une vie sociale très riche, diffusant ses idées dans son milieu social très bourgeois. Malheureusement, les journaux de l’époque préfèrent parler de ses scandales, de ses tocades (telle sa lionne) ou de son style vestimentaire que de ses actions militantes !

She has a very important social life, sharing her opinions in her very bourgeois milieu. Unfortunatly, edwardian newspapers would rather speak of her scandals, her extravagances (such as her lioness), or the way she dressed than her activism.

Marguerite va compiler tout ce qu’elle trouve concernant les femmes et le droit des femmes, et fera don de sa collection à la ville de Paris : la Bibliothèque Marguerite Durand est d’ailleurs toujours spécialisée sur ce sujet. Elle meurt en 1936, 8 ans avant que les femmes obtiennent le droit de vote en France.

Marguerite compiles all documents she finds about women and women rights and will donate her collection to the city of Paris : the Marguerite Durand Library is still specialised about this topic. She dies in 1936, 8 years before women get the right to vote in France.

***

Voilà pour ce second visage du féminisme de la Belle Epoque : une façon de militer plutôt différente de celle de Madeleine Pelletier vue dans l’article précédent. Mais vous pouvez remarquer que nous sommes encore sur des actions indirectes, c’est à dire du lobbying, des protestations, des actions symboliques, l’éducation et l’augmentation de la conscience féministe, et le support d’organisations féministes. Pour découvrir une activiste directe, je vous donne rendez-vous très vite pour le 3e et dernier portait ! Nous changerons de pays, direction Londres pour des confrontations bien plus musclées (mais qui aboutiront bien plus vite qu’en France). A ce propos, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer cet éventail français de 1914 demandant poliment le droit de vote !

That’s the end of this second portrait of edwardian feminists : an other way to advocate than what we saw in the previous article. But you can notice we are still on indirect actions like lobbying, protests, symbolic acts, education, awareness raising, and supporting feminist groups. We will soon discover a direct activist for the 3rd (and last) portrait ! We’ll cross the Channel, and will be in London for tough confrontations (that will lead to quicker results). By the way, I really have to show you this 1914 french fan that asks politely for the right to vote : “I would like to vote”.

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