Le Palais Galliera présente jusqu’au 14 février 2027 une très belle expo : Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle, une exposition consacrée à l’appropriation du vestiaire masculin par les femmes, depuis les simples emprunts à la mode jusqu’au travestissement et à la remise en question des normes de genre.
Informations et réservations sur le site du Palais Galliera.

L’exposition

Dès l’entrée, caricatures et textes d’époque donnent le ton : les femmes qui s’habillent comme des hommes menaceraient l’ordre social, perdraient leur féminité et finiraient par vouloir les mêmes libertés qu’eux. Des discours (de vieux réacs) qui n’ont malheureusement pas pris une ride en 2026 !

Le parcours débute avec l’anglomanie, puis s’attarde longuement sur les tenues d’amazone avant d’aborder le pantalon, les vêtements de sport et de travail, les influences militaires, le costume tailleur et les costumes de scène.

On découvre ainsi comment les femmes se sont progressivement approprié des vêtements masculins pour travailler, voyager, faire du sport ou simplement gagner en liberté de mouvement, mais aussi comment certaines ont défié beaucoup plus directement les conventions de leur époque.

Ce que je n’ai pas aimé (parce qu’il faut bien pinailler)

Le déséquilibre entre les différentes parties de l’exposition. L’anglomanie, pourtant bien présente dès les années 1780, n’est illustrée que par une gravure avant de passer aux vêtements du XIXe siècle. Quelques véritables robes redingotes du XVIIIe siècle auraient été bienvenues pour comprendre certaines origines du sujet.

La fameuse unique gravure
Un exemple des premières (jolies pièces) de l’expo : une redingote de la première décennie du XIXe

À l’inverse, les amazones, ces tenues féminines d’équitation, occupent une place considérable. Les pièces sont magnifiques, mais le sujet reste assez attendu et surtout consacré aux femmes riches (l’équitation au XIXe et au XXe siècle, ce n’était pas à la portée de la classe moyenne). J’aurais largement préféré voir davantage de place consacrée aux femmes qui vivaient en vêtements masculins, aux militantes qui ont bravé les interdits et parfois payé cher leur audace. Pour une exposition consacrée aux féminités dissidentes, il y avait de quoi creuser et mieux faire connaître ces femmes effacées de l’histoire.

Quelques belles amazones (et rarement vues) : vers 1810 et 1830

Enfin, deux datations m’ont fait tiquer : une veste d’équitation présentée comme datant du début du XVIIIe siècle, et un costume marin daté vers 1895. Des attributions erronées qui surprennent dans un musée de la Mode, d’autant plus que les erreurs sont assez voyantes.

Elles sont toutes les deux censées être de 1895 environ : autant celle de gauche, oui, sans l’ombre d’un doute. Celle de droite… ça manque de grosses manches quand même ! En réalité c’est plutôt du 1899 à 1903 vu d’ici (et mal mannequiné je pense : les basques du corsage devraient être sous la jupe à mon avis).
« Début XVIIIe siècle ». Mouais, le musée de Bath (puisque c’est un prêt) devrait vérifier ses datations, car cette tenue a clairement les volumes et les finitions qu’on trouve en 2e moitié du XVIIIe siècle.

Ce que j’ai aimé

La richesse des collections et l’intelligence de la scénographie ! Malgré les espaces relativement modestes de Galliera, il y a énormément de choses à voir, avec de très belles pièces, notamment plusieurs uniformes de cantinières qui rappellent que les femmes ont toujours participé, à leur manière, aux guerres et aux armées.

La garde-robe personnelle de Rosa Bonheur mérite également le détour, tout comme les nombreuses photographies et les documents qui accompagnent les vêtements.

Quelques pièces de la garde-robe de Rosa Bonheur

J’ai aussi beaucoup aimé qu’on voie des vêtements de travailleuses et globalement des garde-robes populaires (même si elles avaient un goût de trop peu).

Tenue de travail début XXe, et pièces de vêtements Belle Époque

Mais le véritable coup de cœur reste la fin du parcours. Une salle entière présente des photographies anonymes de femmes habillées de manière masculine, parfois très sérieuses, parfois riant franchement devant l’objectif. Une manière émouvante de rappeler que cela ne concernait pas seulement quelques personnalités excentriques, mais des personnes bien plus nombreuses dont l’histoire n’a pas gardé beaucoup de traces.

Des centaines d’anonymes dont les vies sont rappelées en fin de parcours

Enfin, un très beau film vient conclure l’exposition avec une touche de poésie et de modernité particulièrement touchante.

Conclusion

Au final, c’est probablement l’exposition la plus engagée que j’aie vue au Palais Galliera : et ça fait du bien ! J’aurais néanmoins aimé qu’elle ose aller encore plus loin dans les parcours militants et les transgressions vestimentaires, mais elle propose un regard passionnant sur le XIXe siècle, avec des résonances très actuelles. Une exposition que je vous recommande chaudement !

Je vous laisse avec mes deux pièces préférées de l’expo :

Détail d’une tenue de cycliste vers 1895
Veste vers 1895 (oui, je suis trèèèèèèès grandes manches en ce moment !)

Et quelques bonnes photos que j’aimerais aussi vous partager :

Until February 14th, 2027, the Palais Galliera is hosting a really lovely exhibition: Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au XIXe siècle (A Wardrobe of One’s Own. Dissident Femininities in the 19th Century), devoted to women’s appropriation of the male wardrobe, from simple fashion borrowings all the way to cross-dressing and the questioning of gender norms.
Information and bookings on the Palais Galliera website.

The exhibition

Right from the entrance, period cartoons and texts set the tone: women who dress like men supposedly threaten the social order, lose their femininity and will end up wanting the same freedoms as men. Speeches (from grumpy old reactionaries) that sadly haven’t aged a day by 2026!

The tour begins with Anglomania, then lingers at length on riding habits before moving on to trousers, sportswear and workwear, military influences, the tailored suit and stage costumes.

You discover how women gradually adopted men’s clothing to work, travel, play sports or simply gain freedom of movement, but also how some of them challenged the conventions of their time far more directly.

What I didn’t like (because you have to nitpick a little)

The imbalance between the different sections of the exhibition. Anglomania, although already well established in the 1780s, is illustrated by a single engraving before jumping to 19th-century clothing. A few actual 18th-century redingote gowns would have been welcome to understand some of the origins of the subject.

The famous one and only engraving
An example of the first (lovely) pieces in the exhibition: a redingote from the first decade of the 19th century

On the other hand, riding habits, those women’s equestrian outfits, take up a considerable amount of space. The pieces are gorgeous, but the subject is rather predictable and mostly concerns wealthy women (in the 19th and 20th centuries, horse riding was out of reach for the middle class). I would much rather have seen more space given to women who lived in men’s clothing, and to the activists who defied the bans and sometimes paid dearly for their daring. For an exhibition about dissident femininities, there was plenty to dig into and so much more to share about these women erased from history.

A few beautiful (and rarely seen) riding habits: around 1810 and 1830

Finally, two datings made me raise an eyebrow: a riding jacket presented as early 18th century, and a sailor outfit dated around 1895. Mistaken attributions that are surprising in a fashion museum, especially since the errors are rather obvious.

Both are supposed to date from around 1895: the one on the left, yes, without a shadow of a doubt. The one on the right… it’s missing the big sleeves, though! Honestly, it looks more like 1899 to 1903 to me (and badly mounted, I think: the bodice basques should go under the skirt, in my opinion).
« Early 18th century ». Hmm, the Bath museum (since it’s a loan) should double-check its datings, because this outfit clearly has the volumes and finishes found in the second half of the 18th century.

What I liked

The richness of the collections and the clever exhibition design! Despite Galliera’s relatively modest spaces, there is a huge amount to see, with some very beautiful pieces, including several cantinière uniforms reminding us that women have always taken part, in their own way, in wars and armies.

Rosa Bonheur’s personal wardrobe is also well worth the visit, as are the many photographs and documents displayed alongside the garments.

A few pieces from Rosa Bonheur’s wardrobe

I also really enjoyed seeing working women’s clothing and, more generally, working-class wardrobes (even if they left me wanting more).

Early 20th-century workwear, and Belle Époque garments

But my real favourite is the end of the tour. An entire room displays anonymous photographs of women dressed in men’s clothing, sometimes very serious, sometimes laughing openly at the camera. A moving way of reminding us that this wasn’t just about a few eccentric personalities, but about far more people whose stories history has barely kept a trace of.

Hundreds of anonymous women whose lives are remembered at the end of the tour

Finally, a beautiful film closes the exhibition with a particularly touching blend of poetry and modernity.

Conclusion

All in all, it’s probably the most committed exhibition I’ve seen at the Palais Galliera: and it feels good! I would still have liked it to dare go even further into activist journeys and clothing transgressions, but it offers a fascinating look at the 19th century, with very topical echoes. An exhibition I warmly recommend!

I’ll leave you with my two favourite pieces from the exhibition:

Detail of a cycling outfit, around 1895
Jacket, around 1895 (yes, I’m veeeeeery much into big sleeves right now!)

And a few nice photos I’d also like to share with you:

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